LA BOHÈME AUJOURD’HUI

Laetitia Bischoff

La bohème se vit comme un contournement de boulevards
Elle tapisse les non-lieux d’écarts humains
Elle est la fougue qui ne veut pas se taire, l’auréole de rubans qui ne veut pas choir.

La bohème n’a pas peur de perdre des dents, de s’étaler à terre,
De faire sienne le dessous des arbres
Pour une nuit mouillée de rosée.

La bohème aime les cartons et les petites planches de bois,
La féerie même tachetée d’un passé un peu crasseux.

La bohème ajoure les peuples d’une absence de crainte
Elle décime les rangs avec son dos qui regarde ailleurs.

La bohème fait d’un peigne un attrape-ciel,
D’un cheval un cousin.

Les portes sont percées pour laisser le vent rendre toute visite qu’il jugerait opportune.

La bohème est fière mais pas plus.
Elle chante pour que les feuilles répondent
Non pour rassembler
Ni pour diviser.

La bohème jaillit et referme ses traces.

La photographie lui sied
C’est l’oeuvre d’un petit temps
D’une aura folle.

Ce texte s’appuie sur les oeuvres photographiques de Antoine Bruy et de Ian McKell. Toutes deux rendent un hommage appuyé à des peuples de traverse, des personnes « en marge ». À celles et ceux si loin des médias et des maisons en cube. La bohème n’est pas morte, elle n’est pas pauvre, elle est riche de sa lenteur et de son ton fleuri de mille et unes manières d’être, comme une mutation perpétuelle en fonction du paysage.