L’INVENTAIRE

Laëtitia Bischoff

On dit que la rivière que l’on traverse n’est jamais la même, ne peut-on pas dire de même au sujet du vent ? L’air qui nous brosse sur son passage ne ressemble pas à celui d’hier, s’est rafraichi depuis qu’il est venu l’année dernière. Comment épuiser ce possible continu, si présent, si exhaustif lorsqu’il se joue de notre relief ? Un inventaire s’impose, un catalogue raisonné, sans chiffres, loin des données, avec du sensible pour faire vivre et revivre son parcours tracé. Cette proposition de Camille Fallet, Alexandre Field et Geoffroy Mathieu, portée par le Bureau des guides du GR2013 et l’Observatoire Photographique des Paysages depuis le GR2013, se déploie le jour, la nuit, en ligne au fil de chaque pérégrination sur www.inventaire.net.

www.inventaire.net est le catalogue photographique du territoire d’un vent évalué, soumis, illuminé, depuis quarante années. À différentes latitudes du littoral, les photographes sont partis en conversation avec lui, sont revenus avec des séries concoctées au fil d’un espace. Voici un inventaire à visionner sur votre écran, comme une exposition pour les temps présents, les jours où le reclus appelle le dehors, les jours où l’on a besoin de la mémoire des pas, avec ou sans sentiers pour les tenir. L’horizon et les gens, le proche et l’architecture vive, les chantiers : voyez ce paysage clair de Thibault Cuisset, cette série « Le temps présent » de Pascal Grimaud, cette collection d’images autour de la thématique de la lisière portée par Bertrand Folléa, ces temps presque révolus des années 1970-1990 relevés par Fabrice Ney.  Tant de traces d’un travail sur les concordances de l’image se déploient au fil des différentes « collections » à arpenter dans l’inventaire.
Au rebord des collections, les artistes ont leurs propres séries. Suivons Iris Winckler, Suzanne Hetzel et ses diptyques dehors/dedans sous le titre « J’aime ce que je vois ». À nous de coudre un lien entre chaque image de « Littoralités » proposées par Karine Maussière. Je n’ai pas trouvé de lignes de fuite, je n’ai trouvé que des lignes à suivre, celles que nous forment les tuyaux, les murs, les branches et les corps. L’inventaire est souvent celui d’un tiraillement entre les énergies qui se juxtaposent sans se confondre. Il y a parfois des « noces » pour reprendre le titre d’Hélène David, des îlots de broussailles et d’esprit sauvage, des muses qui jaillissent en chaque recoin de série, de collection. L’inventaire, ne s’épuise pas en une journée, il faudra que j’y revienne pour chaque jour prendre une image ou deux, l’extraire de cette mémoire partagée et la faire mienne en traversant la journée. Je chausserai mes souliers crottés, ma tête en marche pour suivre à ma guise, par bonds photographiques, le GR2013.