L’INCONFORT

Laetitia Bischoff

La photographie n’est pas une zone de confort. On peut la vivre comme un malaise, un trouble aux tripes qui expire enfin, une expérience où les angles morts s’étirent en marécages pour les sens. Cet inconfort, on le retrouve de manière très dissemblable chez les photographes Laure Gilquin et Patricia Escriche.
Laure Gilquin déploie une œuvre en noir et blanc dans laquelle le flou, la diagonale, donnent de la voix. La nuit est son domaine, elle n’atteint jamais le blanc, ce dernier n’a pas de cité. Patricia Escriche préfère garder une composition rigoureuse et lucide, mais elle sème le doute. Comment en est-on arrivé là ? Sommes-nous dans une posture de confort ? Chaque élément est un indice, un soupçon. Laure et Patricia harponnent le spectateur avec un mélange de pointe et de délice. Chacune s’affaire à émincer les repères spatiaux de nos habitus. La séduction picturale est vache, elle nous entraîne hors des sentiers battus par sa saveur à la fois assurée et hors norme.
Le cartel-poème, pour leurs œuvres, est à la fois autonome et enveloppant, engendré et libre. Il sert le particularisme. Pour le concevoir, il y a eu, en lieu et place de passe-témoin entre la photographie et les mots, le corps de la poète-plasticienne. Celui-ci a décrypté ses propres vagues, les remontées d’énergie auxquelles il faisait face, il a pointé ses zones d’inconfort.
La photographie se digère … ou pas, avec plus ou moins de facilité. Elle hante parfois un organe, elle se décante avec souplesse ou en étant sommée de plomb. L’écoute