CHAMBRE ET SILENCE

Dunia Ambatlle

La chambre est un puits de silence. Chuchote à mon oreille les mots mordillant, mouillés. Muet, tu demeures dans l’obscurité. Raconte-moi les odyssées sans paroles des langues scellées, des refrains inutiles, rimés interminablement en poèmes de douleur. Mots et merveilles, antiques rengaines du non-dit. Les draps, trempés de nuit, bruissent doucement. Murmure, au creux de mon épaule, sans que les sons débordent de tes lèvres. Bulles ravalées et évidées d’une histoire ébauchée dont les dialogues attendraient les mains rouvertes et l’encre bleue des marées.
La chambre est un linceul d’attente noire. Fais-moi un signe dans le silence. Parle-moi avec tes paumes aveuglant mes yeux pour qu’ils ne puissent discerner tes doigts si éloignés de ma peau attentive. Cécité encore trop jeune pour qu’elle puisse s’inventer les sphères intérieures d’un nouvel univers roulant dans l’indifférence sur des chemins tracés par avance. Regard empêché, à l’affût du miel d’un épiderme absent, cherchant à deviner les parfums de ce corps dissimulé et lointain.
La chambre est un havre de paresse. Les mots, alanguis, se refusent, virginités affolées ignorant le don. Ils se meurent au seuil de la nuit pour se répandre en ondes successives, en un flux violent de cris étouffés. Les mots étirent leurs voyelles, consonnes écartées puisqu'elles claquent trop brutalement, comme les drapeaux d’une armée en déroute. Doucement, langoureusement, ils se confondent en plaintes arrachées aux aèdes, aux troubadours, ou encore à quelque rythme mauresque et lancinant, oriental, de moiteur cotonneuse.
La chambre se tait, encore et encore. Sépulcre d’amour, la tendresse s’y meurt doucement au sein d’une nuit pourtant claire. L’aube se traîne, encore lointaine, et l’ange passe, entre la soie déferlante et les effluves épicés. Il amorce les signes imperceptibles de l’adieu.
Chambre muette. Silence, rumeur de fin.