(P)OP ART ET PHOTOGRAPHIE

Georges Dumas

Olivier de Cayron est un enfant des sixties, fils naturel de Victor et Andy, en garde partagée entre le OP et POP, refusant de choisir entre ses parents, même si officiellement il affichera toujours une préférence pour Vasarely et sa tribu et taira l’héritage qu’il a reçu de Warhol. Pourtant, cet héritage est évident et omniprésent dans les œuvres colorées d’Olivier de Cayron, l’esprit POP affleure en permanence dans les vues iconiques qu’il propose au spectateur comme dans le traitement graphique qu’il impose aux photographies qu’il va prendre aux quatre coins du monde. Cet esprit témoigne d’une culture populaire qui n’a cessé de s’étendre à la surface de la planète sous l’effet conjoint du soft power américain et d’une globalisation esthétique qui rendent familier ce qui autrefois était exotique. Les taxis colorés, qu’ils soient de New York ou d’Asie, les mangas, japonais de naissance et mondiaux de consommation, les gratte-ciel et autres buildings, symboles désormais universels de la modernité qu’on retrouve dans n’importe quelle mégalopole : autant de rejetons directs des boîtes de soupe Campbell et des bananes de Warhol selon le même mouvement de transformation du banal en icône.
Cette extension considérable de l’esprit pop va de pair avec celle de la pratique photographique partout dans le monde. Lorsqu’il a délaissé la peinture abstraite pour la forme très particulière de construction photographique qui caractérise son travail depuis une vingtaine d’années, Olivier de Cayron s’est approprié un langage universel pour transmettre des visions universelles. De par la multiplicité des lieux qui lui servent de sujet et de par le travail graphique sur l’image qui renvoie à la bande-dessinée et aux illustrations numériques, l’identité anthropologique de l’artiste, son ancrage territorial et historique, ont disparu au profit d’une nouvelle identité flottante (comme une voiture des années 1950 qui flotte dans l’imaginaire collectif dès qu’on pense à Cuba), résolument contemporaine, sans frontières, sans passé. L’artiste est accidentellement français, européen, mais il pourrait venir de n’importe quel pays industrialisé tant son langage est universel.
Un langage universel, c’est justement ce qu’a toujours défendu Victor Vasarely à travers ses compositions cinétiques et abstraites et son souhait de démocratiser la création en mettant au point un vocabulaire formel élémentaire. Par ailleurs, à travers ses expérimentations visuelles poursuivies par d’autres artistes dans les années 1960 au sein de l’Optical Art (OP Art), Vasarely a introduit un rapport nouveau du spectateur vis-à-vis de l’œuvre, un rapport participatif et souvent ludique qu’Olivier de Cayron reprend à son compte dans ses pièces en trois dimensions où l’image n’est plus plane mais construite en profondeur sur plusieurs plans. Par le biais de bandes imprimées sur du microperforé et de plaques de plexiglas ajourées qui laissent passer le regard vers le fond de ses tableaux-sculptures, il invite le regardeur à se déplacer en face de l’œuvre, à faire des pas de côté pour animer cette dernière, la rendant ainsi vivante, changeante, dynamique.
Au final, les deux parents sont réconciliés dans la fusion entre une narration pop et des jeux optiques qui s’adressent à tout un chacun.