DANS CE NUMÉRO :

HAPPY BIRTHDAY

CENDRINE GENIN

 

Le couvert sur la table était posé, la nappe amidonnée, il y avait cette ambiance fleurie que toi seule sait créer. Le couple sur la soupière dansait avec les arabesques de la nappe bleue et blanche.

Tout n'était qu'harmonie.

C'était mon anniversaire.

Je savais que tu m'avais cuisiné ce que j'aimais, où ce que tu aimais, toi. C'était le même.

 

J'ai commencé à photographier ce qui était là, en voleuse, en flagrant délit d'urgence, de ce qui je ne le savais pas encore, ne durerait pas. J'avais prêté attention à chaque détail, à tout sauf à ton absence, au silence.

Je n'avais entendue que moi.

 

Tu n'avais pas répondue à mon bonjour, je m'en suis souvenue dans une fulgurance.

Alors je t'ai cherchée, maman. 

 

Ma veste était posée sur ta chaise préférée. Inerte.

C'est ainsi que je t'ai trouvée là, ton corps sans attache, suspendu dans le rien. Marionnette assise.

Je suis venue te serrer contre moi, te prendre dans mes bras comme pour te rendre souffle. Sans m'agiter, je t'ai parlé, ta bouche n'articulait aucun son, je t'ai regardé ne pas me reconnaître, je t'ai regardé ne pas me voir, dans tes yeux ouverts tout grand sur le vide où je ne pouvais pas te rejoindre.

J'étais seule de toi, maman.

Et j'ai eu si mal de photographier tes yeux perdus.

 

Aujourd'hui, je ne sais plus si je veux me souvenir ou oublier.

De quelle côté va ma force? 

Plus tard, le miracle s'est produit, lorsque plus rien n'avait semblé exister, tu souriais à nouveau en me souhaitant un bon anniversaire, moi ta fille qui savait.

La vie la mort au même endroit.