J’aime la lumière et l’ombre qui dessine un bâtiment, qui rend compte des volumes et perspectives, des formes et matériaux. La photographie d’architecture permet de montrer la place d’un bâtiment dans son environne- ment, son échelle, son utilisation. Et peut même devenir création abstraite à part entière.

L’architecture moderniste est moteur de ma réflexion autour de la photographie depuis qu’en deuxième annéed’étude en photographie, en stage avec Anne-Charlotte Moulard lors de repérages pour un shooting mode, j’eu un choc architectural. Le quartier Beaugrenelle, à Paris.
Je fus happer, ces tours, ces formes, ces couleurs, cette composition au-delà de la ville que l’on connaît, cette ambiance particulière. Futuriste de son temps. Une utopie d’une époque.

L’année d’après, ce quartier devint le sujet des photographies de mon projet de fin d’étude dont la probléma- tique était : comment représenter l’expérience de l’espace par l’Homme par la photographie ?
Aujourd’hui, l’architecture moderniste est toujours au sein de mes recherches, ainsi que la façon dont nous vivons cette expérience. En trois dimensions, avec nos sens, dans l’espace et la matière. Notre réalité.

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La Cité Grenelle - 7 photographies argentiques - 2015

La Cité Grenelle est une série photographique qui a pour vocation de se concentrer sur l’expérience de l’espace par ses utilisateurs. L’Homme est dans l’Architecture, l’Homme voit l’Architecture. Nous vivons cette expérience avec nos cinq sens dans un espace en trois dimensions. L’homme apprend en voyant, et « ce qu’il apprend retentit à son tour sur ce qu’il voit » (Edward T. Hall), à chacun son monde visuel.

Dans la première partie, nous sommes dans la vision de l’expérimentateur qui évolue dans un espace architectu- ral à hauteur de notre vision d’homme. Notre évolution dans ces espaces est définie par les bâtiments construis et l’urbanisme : « Nous donnons des formes à nos constructions, et, à leurs tour, elles nous forment » (Winston Churchill). L’utilisation de la technique de la trichromie permet de séparer l’Architecture et l’Homme, d’attirer l’attention sur les utilisateurs anonymes de cet espace, en transit, qui apparaissent en fantômes colorés. Elle permet aussi représenter trois moments différents du même espace donc trois utilisations différentes de celui-ci. Dans la deuxième partie, on s’approche de l’Architecture et se questionne sur son potentiel abstrait, on exclu l’Homme, et on tente de déconstruire la masse architecturale pour construire une nouvelle composition visuelle, la réalité devient presque abstraite. Les penseurs de ce quartier nous offre des « créations savantes d’ombre et de lumière » (Le Corbusier) à l’infinie. Libre à chacun d’y découvrir des compositions abstraites, voici une proposition.

Impressions Grenelle - 8 photographies numériques - 2017

Impressions Grenelle est une suite à la première série, réalisée dans le même quartier deux ans plus tard. Lesouhait et d’aller plus loin dans l’expérience que cet espace nous offre et sa représentation. « Jamais nous nepercevrons le monde dans sa réalité, mais seulement le retentissement des forces physiques sur nos récepteurs sensoriels. » (F. P. Kilpatrick).

On s’éloigne de la photographie d’architecture classique, cette fois on s’approche encore plus, on lève les yeux, on regarde ce qu’il se passe dans les intérieurs, on vient le jour et revient découvrir ce quartier la nuit et avec ses éclairages artificiels. Le hors-champ est plus soutenu et invite celui qui regarde à imaginer. On peut faire fonctionner ces photographies en diptyque ou en triptyque, alors elles se répondent et chacun peut y créer son histoire. La dernière photographie est une invitation à lever les yeux vers le ciel et « comparer ce qui existe et ce qui pourrait exister » (André Breton).