DANS CE NUMÉRO :

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L’Éléphant met en place des échanges de contenus avec d'autres magazines en ligne qu'il suit, lit, aime.

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1EPOK FORMIDABLE, C’est la plume vive d‘Anne Éveillard, ce sont des portraits que vous ne lirez nulle part ailleurs (Êtres singuliers), des chroniques et des morceaux de vie citadines.

LE DISCRET

ANNE EVEILLARD

 

Il arrive à vélo. Pas essoufflé. Normal : il n’habite pas très loin du café de la place Saint-Georges, où il a donné rendez-vous. Le IXe arrondissement de Paris, c’est un peu chez lui. « J’y suis né. J’y ai grandi. J’allais au lycée Jacques Decour », confie Vincent Thibert. Un quartier qu’il n’a jamais vraiment quitté, même s’il vit désormais « du côté du métro Europe ». Un autre arrondissement, certes, mais à quelques rues seulement. Aux premières questions posées, il répond par des phrases courtes. L’interview est un exercice auquel il se prête peu. « Les photographes sont des timides », dit-il. Sans doute pour ça que certains d’entre eux se montrent peu. Puis, Vincent Thibert se livre, se délivre… Gamin, il ne savait pas ce qu’il voulait faire quand il serait plus grand. La seule chose qui était sûre et claire dans sa tête : « J’aimais peindre et dessiner. D’ailleurs, à l’adolescence, j’ai beaucoup peint et beaucoup dessiné. » Alors, comme une évidence, une fois son bac en poche, il va intégrer les Beaux-Arts. La photo ? C’est venu un peu par hasard.

« Un jour, j’ai envoyé un sujet, par la poste, à World of Interiors … »

« En dernière année de cursus, j’utilisais la photographie pour mes dessins », explique Vincent Thibert, qui, après les Beaux-Arts, va enchaîner avec les Arts-Déco « photo ». Son premier appareil ? « C’était un Nikkormat qui avait dû faire trois guerres. Impétable ! Je l’ai acheté boulevard Beaumarchais et, depuis, je n’ai fait l’acquisition que de boîtiers Nikon, puis des Blad et une Sinar… Au départ, c’est un copain des Beaux-Arts qui m’avait prêté un Nikkormat. » Et il est resté fidèle au modèle, grâce auquel « j’ai commencé à gagner ma vie ». Car pas évident de ne compter que sur ses dessins pour payer un loyer. Résultat : « A 25 ans, la photo est devenue mon métier. » On est alors au cœur des années 1980. Période où il suffisait de pousser la porte de la rédaction d’un magazine pour « montrer son book ». A l’époque, on recevait sans rendez-vous. C’est comme ça que Vincent Thibert a atterri au Jardin des modes, Globe, puis Intramuros « où Chantal Hamaide, la rédactrice en chef, m’a d’abord confié des portraits, puis j’ai couvert des domaines connexes… »

S’il shoote un architecte ou un designer, pourquoi n’irait-il pas non plus photographier leurs intérieurs ? Ce qu’il a fait, donc. « C’est ce qui m’a permis de découvrir l’architecture et le design. Je m’y suis intéressé et j’ai acquis, petit à petit, ma culture déco », explique celui qui, depuis, a collaboré au Elle Déco, Maison Française ou encore World of Interiors « où j’ai eu de la chance » : « Un jour, je leur ai envoyé un sujet, par la poste, et Il a été pris. » Sans piston, sans reco de qui que ce soit. Il parle de coup de bol, quand d’autres gonfleraient le torse.

Les réseaux sociaux : « Ne pas y être, c’est embêtant.

Y avoir un compte, c’est une corvée »

Aujourd’hui, Vincent Thibert fait partie des contributeurs réguliers du Marie Claire Maison et il s’est remis à dessiner, « mais je ne montre rien encore ».  Son nom figure aussi sur quelques beaux livres, dont le dernier en date était consacré à l’univers de l’enseigne Casa Lopez.

Quand on lui demande son regard sur l’évolution de son métier, il n’est pas nostalgique. Au contraire. « Le numérique permet de s’approprier plus facilement l’image. On sait ce que l’on a envoyé à une rédaction ou à un éditeur. On a moins de mauvaises surprises sur ce qui est publié. On maîtrise les couleurs et le climat des images. » Quant au réseaux sociaux, « ne pas y être, c’est embêtant. Y avoir un compte, c’est une corvée. Car on est photographe, pas community manager ! » Les mots de la fin concernent son autoportrait : il n’en avait pas en stock à l’issue de l’entretien au bistrot de la place Saint-Georges. « Je vais en faire un en rentrant chez moi, ça va me venir, comme ça. Cet exercice me rappelle les nombreux portraits que j’ai fait pour la presse. Je partais. Je ne savais rien. C’étaient les accidents de la journée qui allaient faire la photo : la météo, les associations d’idées ou de couleurs, l’humeur… mais jamais le hasard. »